La presse régionale en crise après une journée sans faits divers

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LANNION. Ce matin, les lecteurs des différentes éditions du Petit Trégorois ont eu la surprise de trouver une enquête de fond à la place de leurs habituels chiens écrasés. Cette initiative exceptionnelle était due à une actualité particulièrement tranquille.

Les journalistes se souviendront longtemps de cette journée noire. Pour la première fois, à l’heure du bouclage, ils se sont retrouvés sans fait divers pour leur édition du lendemain.

« J’ai d’abord cru à une erreur », confie Hervé Bourzin, journaliste depuis vingt ans au Petit Trégorois. « D’habitude, vers 18 h, on passe un petit coup de fil aux gendarmes et aux pompiers pour connaître les accidents de la route, les incendies, voire les meurtres de la journée. Quand on a les trois à la fois, c’est banco, je vous raconte pas les ventes qu’on fait ! »

Le fait divers a l’avantage nécessiter peu de réflexion pour être écrit. « On recopie ce que nous dit la police. Si la personne qui a fait le coup est étrangère, on le précise histoire de faire bien, et on termine par deux ou trois conseils de prévention bidons. C’est facile et ça rapporte. »

« J’ai hésité à aller tabasser moi-même un chaton »

Mais hier soir, l’impossible se produit : « J’ai eu beau les appeler toutes les heures, rien, nada. « Soirée calme », qu’ils disaient, les flics ! Même pas un vol de portable ! A un moment, j’ai hésité à aller moi-même tabasser un chaton, histoire d’avoir quelque chose à écrire. »

Paniqué, le journaliste contacte le siège du journal. « Les collègues n’avaient rien non plus. C’était la panique ! Du coup, il manquait des articles dans nos pages locales, et on ne savait pas quoi écrire pour les combler. »

Pendant ce temps, les typos contemplaient, tétanisés, les trous blancs dans lesquels venaient habituellement se déposer les scories de la misère quotidienne. « On se serait cru au temps de la censure », soupire Hervé Bourzin.

« Le risque, c’est que le lecteur s’y habitue »

Vers 22h30, son directeur croule sous les appels des imprimeurs qui se demandent « pourquoi les pages n’arrivent pas ». Celui-ci prend alors une décision folle, dictée par l’énergie du désespoir.

Cinq stagiaires sont réquisitionnés. Ils doivent synthétiser à la dernière minute un article critique sur la politique environnementale de la commune. Une enquête qui avait tout d’abord été jugée trop dérangeante pour l’équipe municipale, et qui dormait depuis des mois dans les tiroirs.

« Le lendemain matin, le maire nous a appelés pour nous passer un savon, témoigne une rédactrice du Petit Trégorois. Mais on n’avait pas le choix. Le risque, c’est que le lecteur s’habitue à lire des articles de fond dans nos pages, et en redemande. Si ça continue, un jour, ils se rendront compte qu’on leur sert tous les jours la même soupe anxiogène. Et là, ça va gueuler. »

 

Illustration : Théo (CC)

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